Ouagadougou : les barrages urbains de Tanghin menacés de disparition

Ouagadougou : les barrages urbains de Tanghin menacés de disparition

Une vue de l’état actuel du barrage N°2 dont la partie ouest est assèchée.

Des travaux maraîchers et autres pratiques contribuent en grande partie à l’envasement de ces ressources en eau. Vieille d’une soixantaine d’années, les barrages courent à leur perte si rien n’est fait.


La capacité de stockage des barrages a baissé de 8 855 000 de m 3 en 42 ans d’existence. Entre 1963 et 2005, a révélé le directeur général de l’Agence de l’eau du Nakanbé, Christian Nikiema, au quotidien Sidwaya en juillet 2021. La menace de leur disparition, explique-t-il, est due à l’ensablement engendré par les actions anthropiques :  l’agriculture maraîchère sur les berges, les rigoles pour drainer l’eau vers les champs de l’agriculture maraîchère. La jacinthe d’eau, une plante envahissante qui se développe dans les barrages, favorise également leur envasement en augmentant l’évapotranspiration de 4 à 7 %, ajoute Dimitri Kam, l’actuel Directeur général de l’Agence de l’Eau du Nakanbé.

Source :  Christian Nikiema, l’ex-directeur général de l’Agence de l’Eau du Nakambé

Ce qui entraîne un assèchement rapide. D’après Dimitri Kam, la jacinthe d’eau est aussi un obstacle à la circulation de l’eau. Ce qui augmente la sédimentation, cause d’inondations. Le développement de cette mauvaise plante est favorisé par les actions des riverains et des maraîchers qui exploitent la cuvette des barrages.

Dans l’ignorance !

Le directeur général de l’Agence de l’eau du Nakanbé, Dimitri Kam

Nombreuses sont cependant les producteurs des cultures maraîchères qui ignorent les dangers de leurs actions sur les barrages. C’est le cas de Tipoko Compaoré.  Agée de 56 ans, elle produit du persil depuis 20 ans sur les berges du barrage. Elle estime que son activité n’a pas de lien avec l’ensablement. « Nous occupons les lieux entre octobre et novembre lorsque l’eau tarit. Ce ne sont pas nous qui ensablons le barrage », se convainc-t-elle. Fatimata Pafadnam, productrice de légumes, pense plutôt que l’ensablement est beaucoup plus lié à la jacinthe d’eau. Cette plante prolifère sur une bonne partie de l’ouvrage hydraulique de Tanghin. Les travaux des maraîchers participent bel et bien à la dégradation du barrage, insiste le directeur général de l’Agence de l’Eau du Nakanbé. Ils concourent à l’eutrophisation de l’eau, au comblement progressif de la cuvette et au développement des plantes envahissantes telle que la jacinthe d’eau, indique-t-il.

Une loi existe mais personne ne l’applique

Les activités maraîchères dans les cuvettes des barrages sont interdites, rappelle Dimitri Kam. Il précise que même si des activités de production maraîchères devaient s’y déroulées, la bande servitude devait être respectée. C’est-à-dire, que les cultures doivent être réalisées au-delà de 100 mètres à partir des plus hautes eaux. Pour préserver les barrages de Tanghin des activités humaines qui les dégradent, une étude a été menée en 2006. Elle avait pour objectif d’évaluer le coût de la délocalisation des producteurs de cultures maraîchères vers un site aménagé hors de la cuvette des barrages. Le montant des travaux avait été estimé à près de six milliards de francs CFA. Mais 16 ans après, l’étude est restée sans suite.

Siébou KANSIÉ

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